Amour et Saint-Valentin chez Bernard Friot

Chers lecteurs,

Voici une nouvelle sur la Saint-Valentin, sur un amour qui rime avec toujours, humour, et drôle de discours…

Si comme le jeune narrateur de cette nouvelle, vous êtes un peu déçu, rendez-vous en-dessous pour un poème plus doux…

Amour, toujours…

C’était un 14 février, jour de la Saint-Valentin qui est, comme chacun sait, la fête des amoureux. Dans leur chambre, ma soeur Nadia et son petit ami Fabien roucoulaient encore plus fort que d’habitude.

Ça donnait à peu près ceci :

FABİEN : Nadia, ma colombe, ma caille, ma poulette, ma petite friandise, ma glace à la vanille et aux raisins gonflés de rhum de la Jamaïque, ma confiture de myrtilles pur fruit pur sucre, ma mousse à raser mentholée, ma table à repasser super-performante, tu peux me passer mes chaussettes qui sont juste à côté de toi ?

NADİA : Fabien, mon chou, mon canard en sucre, mon chocolat au lait, mon yaourt à la fraise, mon camembert 45% de matière grasse, mon dentifrice ultra-protection, mon baladeur programmable, mon congélateur adoré deux cent vingt-cinq litres, viens les chercher toi-même !

Tout attendri, je n’en perdais pas une miette, notant un à un tous ces mots d’amour sur un carnet à spirale : qui sait, pensais-je, cela pourrait me servir un jour, bientôt peut-être…

Et ça continuait.

FABİEN : Ma violette adorée, ma croquette au boeuf pour chien, ma petite farine de blé type 55, ma cafetière filtre programmable, ma jolie galette de Bretagne pur beurre, tu vois bien que je suis tout mouillé et que je vais dégueulasser la moquette, allez, file-moi mes chaussettes, tu vas pas en crever !

NADİA : Mon petit lot de sacs-poubelle, mon grille-pain à thermostat réglable, mon mignon ravioli à la sauce tomate, mon casque hyperfréquence sans fil, mon gros sachet de frites précuites surgelées, compte là-dessus et bois de l’eau fraîche, je suis pas ta bonne, alors dém… -toi.

A partir de là, ça a complètement dérapé. J’ai arrêté de noter, car le vocabulaire que les deux amoureux s’envoyaient à la figure, je le connaissais par coeur.

J’étais un petit peu déçu, quand meme, mais rassuré aussi. Car j’ai pensé : finalement, parler d’amour, ce n’est pas si compliqué que ça.

Extrait de Encore des histoires pressées, Bernard Friot, éditions Milan, 2007

Un petit poème pressé :

Amour mystère

amour secret

oui il faut le taire

bouche cousue lèvres fermées

ne rien révéler pour le garder

Amour mystère

amour secret

dur dur de le taire

langue pendue mots envolés

je le sens ça va m’échapper

sur les toits je vais le crier

Mais si tu mets

tes lèvres sur les miennes

je le promets

je resterai muet

Extrait de Je t’aime, je t’aime, je t’aime…Poèmes pressés, Bernard Friot, éditions Milan, 2014

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En attendant Friot, si on mangeait des Quenelles de Chocolat noir sur crème anglaise ?

Bernard Friot n’est pas qu’un auteur, c’est aussi un amateur de bonne cuisine. Il nous a écrit pour nous proposer une recette mais ce n’est pas gratuit ! Il attend une liste des meilleurs plats turcs et vos recettes…

Laissez donc dans les commentaires les noms des plats que vous préférez et votre recette d’un bon plat ou dessert turc (exemples : imam bayıldı, beğendili kebap, su böreği, köfte, mücver, etc. Oh la la ! j’ai déjà faim !)

Voici donc la recette facile du bon dessert de Bernard Friot :

QUENELLES DE CHOCOLAT NOIR SUR CRÈME ANGLAISE

Ingrédients pour 4 personnes

250 g de chocolat noir à 70%

4 jaunes d’œuf

100 g de sucre semoule

1/2 litre de lait entier

Réaliser cette recette à l’avance le matin pour le soir, ou même la veille.

1) Porter le lait à ébullition dans une casserole. Une astuce: Mettre une petite cuillère à soupe d’eau dans la casserole avant d’y verser le lait afin que ce dernier n’accroche pas à la cuisson.

2) Préparation de la crème anglaise: Fouetter énergiquement les jaunes d’œuf avec 100 g de sucre semoule jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Incorporer ensuite 1 louche de lait bouillant, bien mélanger au fouet. Puis transvaser le tout dans la casserole de lait, mélanger, chauffer sur feu doux jusqu’aux premiers signes d’ébullition tout en remuant sans cesse à l’aide d’une spatule en bois, puis réserver hors du feu. Une astuce pour vérifier la prise de cette crème anglaise: Tremper la spatule dans la crème anglaise, passer un doigt dessus, si la crème est prise, la trace du doigt demeure et la crème ne coule pas.

3) Verser la moitié de la crème anglaise dans un saladier, la laisser refroidir, la recouvrir d’un film alimentaire et l’entreposer au réfrigérateur. Verser l’autre moitié de crème anglaise bien chaude sur 250 g de chocolat noir préalablement coupé en petits morceaux, mélanger à l’aide d’une spatule en bois jusqu’à ce que le chocolat soit complètement fondu. Laisser refroidir, puis recouvrir d’un film alimentaire et entreposer au réfrigérateur.

4) Dresser sur des assiettes individuelles: A l’aide d’une cuillère à soupe trempée dans de l’eau chaude, façonner des quenelles de chocolat, en dresser harmonieusement 3 par assiettes, ajouter tout autour quelques cuillères à soupe de crème anglaise. Servir et déguster sans attendre.

Un texte inédit de Bernard Friot (2)

… et voici le deuxième texte :

Sur une place (béton et trois arbres gris) deux jeunes dansent, hip-hop, au rythme de la musique d’une minichaîne. Après-midi d’avril, le soleil a du mal à sauter par-dessus les tours et les barres d’immeuble.

Une dame traverse la place, plutôt âgée, manteau et jupe de laine. Elle aperçoit les deux danseurs et s’arrête, s’approche, s’arrête encore, à trois mètres. Instinctivement, elle serre contre elle son sac à main. Pourtant, elle sourit. Ces deux garçons sont incroyablement beaux quand ils bougent, quand ils dansent.

Son vieux corps à elle est ému. Ses bras se délient, ses hanches se décoincent, ses pieds balancent. Et ses poumons font provision d’air, oui, un plein d’oxygène mêlé aux gaz d’échappement et aux bouffées d’odeurs de viennoiseries de la boulangerie voisine.

Elle fait deux pas en avant, la dame, elle se penche pour mieux suivre les figures acrobatiques et, sans s’en rendre compte, elle fait danser son sac à main au rythme énervé de la musique.

D’un coup, en souplesse, les deux garçons se relèvent, esquissent un salut, comme des artistes. La dame joint les deux mains, prête à applaudir, et puis, gênée, intimidée, elle interrompt son geste. Elle hésite, se détourne, s’éloigne. Mais elle s’arrête et, de loin, crie : « Bravo ».

Un texte inédit de Bernard Friot (1)

Un grand merci à notre auteur qui nous a envoyé deux textes inédits !

Voici le premier :

Dans un bistrot de quartier, un vieux joue aux cartes. Seul. La casquette vissée sur le crâne, il étale les cartes devant lui sur la table de bois ridée et joue à la patience.

De temps en temps, il boit une gorgée de bière. Faut faire durer.

Parfois ça lui revient. Les parties de belote avec Robert, Emile et Alfred. Emile est parti le premier. Alors, ils ont joué à la coinche à trois. C’était moins bien.

Après la mort d’Alfred, ils ont joué à la crapette avec Robert. Ils avaient pas le cœur à la belote, après ça.

Et puis Robert a quitté la partie à son tour, un soir d’hiver.

Alors patience. Patience.

Trois jeunes entrent dans le bistrot, s’installent à une table, commandent des cafés (« avec un verre d’eau, s’il vous plaît), sortent un jeu de cartes.

L’un d’eux se tourne vers le vieux, hésite un instant, demande :

– Vous voudriez pas faire le quatrième ? On a envie d’une belote !

Les liens musicaux de Bernard Friot

Si vous voulez entendre la voix de Bernard Friot…
Notre auteur travaille avec un musicien, Jérome Lefebvre avec qui il fait des lectures musicales.
Un exemple ici :
Jérôme Lefebvre compose et interprète aussi des textes que Barnard Friot a écrits, certains inédits, d’autres déjà publiés dans les recueils « Mon coeur a des dents » et « La vie sexuelle des libellules ».
Bernard Friot nous a écrit : « Je me suis dit que ça pouvait intéresser, voire inspirer les élèves ! » Quelle bonne idée !
Quelques exemples à écouter :

Une drôle d’histoire de Noël par Bernard Friot

Chers élèves,

Comme vous le savez peut-être, les jeunes français qui croient au Père Noël envoient chaque année une petite lettre avec la liste des cadeaux qu’ils souhaitent recevoir.

Bernard Friot reprend ce thème et le détourne avec beaucoup d’humour dans cette courte histoire illustrée par Jacques Azam. Nous le remercions de nous l’avoir envoyée et de nous permettre de la publier sur ce blog.

Cliquez sur le lien ci-dessous…

Père noël.com

Bernard Friot nous écrit (1)

Chers lecteurs,
le blog ouvert pour préparer notre rencontre en mars est une belle surprise. Je suis impressionné par vos textes (désolé de ne pouvoir réagir à chacun, mais je suis souvent en voyage) et curieux des nouveaux posts. Tout cela annonce un beau voyage, des rencontres fortes, j’en suis sûr. J’espère non seulement vous parler de mon travail et écrire avec vous, mais aussi apprendre de vous : je suis désireux de mieux vous connaître, et de mieux comprendre votre pays, votre culture.
Je suis venu une seule à fois à Istanbul, il y a quinze ans. J’en garde un souvenir enchanté, mais je suis sûr que la ville a beaucoup changé.
Pour me préparer à un voyage, je lis non pas des guides (cela je le fais après !), mais de la littérature, et je regarde des films. Pourriez-vous me conseiller quelques livres, notamment des romans, traduits en français, et quelques films représentatifs selon vous de la Turquie d’aujourd’hui ? Je n’ai pas besoin d’une longue liste, quatre ou cinq titres sont déjà une bonne introduction… Merci par avance !
Je vous joins aussi un texte inédit. J’ai écrit des textes courts, un peu comme les « histoires pressées », mais pas destinés à des enfants. Je n’ai pas pour l’instant l’intention de les publier. Je les partage lors de lectures à haute voix, par exemple.
Bien cordialement à vous
Bernard Friot
       Texte inédit :

Le cagibi

 Ce qu’il y a derrière cette porte ? Oh, rien d’intéressant. Un cagibi. On y entasse tout ce qui ne sert plus à rien, vous savez bien : les vieux cartons, les pots de confiture vides, les jouets cassés… Hier, j’y ai jeté ma grand-mère. Elle encombrait le salon, et je viens d’acheter une nouvelle télévision, écran à plasma grand format… « Mémé, désolé, il faut débarrasser le plancher », j’ai dit, et zoup, je l’ai attrapée par le col, je l’ai arrachée du canapé et je l’ai balancée dans le cagibi. Gouing, gouing, ça a fait quand elle est retombée, elle a dû atterrir sur le vieux sommier déglingué que j’ai remisé le mois dernier.

Comment ? Pardon ? Oh, non, ne vous inquiétez pas pour elle, elle n’est pas à plaindre. Je lui ai laissé le sac où elle rangeait sa laine et ses aiguilles à tricoter, elle aura de quoi s’occuper. Et puis, elle peut bavarder avec l’oncle René, je l’ai dégagé il y a six mois, lui. On ne savait plus quoi en faire, depuis qu’il est à la retraite, il ne servait plus à grand-chose, le pauvre vieux, hein ?

Quoi ? Les nourrir ? Les deux vieux ? Hé, ça va pas ? Déjà qu’on n’arrive pas à boucler les fins de mois, ma femme et moi, avec toutes les traites, les prélèvements automatiques, internet, téléphone portable, abonnement télé, le crédit pour la voiture, et tout, et tout… Ben, qu’ils se débrouillent, les vieux, dans leur cagibi. Ils ont qu’à bouffer les deux chats et le chien qu’on a virés… Mais non, je plaisante… Les bestioles, on s’en est débarrassé, je me souviens plus où.

Hé, c’est quoi, ces questions ? Vous êtes de la police ? Je vous demande, moi, où vous rangez vos petites cuillères et vos vieux papiers ? Je suis chez moi, je fais ce que je veux. En plus, je respecte le tri des déchets, verre, végétal, papiers et emballages, etc. C’est pas ma faute s’il y a pas de poubelles pour les vieux et les plus bons à rien…

Comment ? Vous me croyez pas ? Ça, c’est votre problème… Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Vous êtes tous pareils, vous, les intellos, vous pouvez pas regarder la réalité en face. On a tous une date de péremption, c’est comme ça… On est périmé, quoi, déglingué, bon à jeter.

vous savez, ça m’a pas amusé de mettre mémé au rencart. Je lui ai enfilé son gilet préféré, je lui ai donné son chapelet et sa vierge de Lourdes, celle qui s’éclaire de l’intérieur, même que j’ai mis une pile neuve.

Et puis, un jour, ça sera notre tour, non ? « Allez, pépé », ils me diront, mes petits-enfants, « viens, on va faire une petite promenade. » Moi je comprendrai. Je me lèverai de mon fauteuil, j’irai direct au cagibi et je baisserai la tête pour entrer… Je leur demanderai juste de m’installer la télé, là-dedans, et de m’apporter une caisse de bière. De la blonde, moi je bois que de la blonde…

Et vous ? Vous aussi, on se débarrassera de vous, un jour, dans un cagibi ou une maison de retraite… Qu’est-ce que vous direz, alors, hein, qu’est-ce vous direz ?